Rosé des Riceys : du champagne rosé… sans bulle !

Saviez-vous qu’on pouvait faire du rosé en Champagne ? Non, pas du champagne rosé, je vous parle bien de VRAI rosé, le vin sans bulle ! Découvrons ensemble le Rosé des Riceys, une appellation unique située en Côte des Bar, au sud de la Champagne.

La Côte des Bars, c'est ici ! Limitrophe avec le vignoble Bourguignon, mais on est toujours en Champagne
La Côte des Bar, c’est ici ! Limitrophe avec le vignoble Bourguignon, mais on est toujours en Champagne. Notez que ma carte IGN est la seule à faire mention de « Bars », on parle plutôt de Côte des « Bar », dérivée des villes de Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube

Mais comment on fait du rosé ?

Répondons d’abord à cette question cruciale. L’une des techniques les plus répandues permet d’obtenir du rosé dit « de macération« . Comment fait-on ? Et bien pour commencer, on récolte des raisins à la chair claire et à la peau rouge. La couleur rouge-violet de la peau est due à la présence des antocyanes, des molécules très colorantes (pigments). On laisse ces raisins macérer quelques heures à peine, puis on presse pour obtenir le jus. Durant ces quelques heures, les antocyanes vont très légèrement colorer le jus. Plus la macération est longue et plus la coloration rouge-violet est intense. Je vous laisse deviner comment on obtient du vin rouge du coup !

Le jus incolore d'un grain de Pinot Noir
Le jus incolore d’un grain de Pinot Noir

La durée de la macération est critique quand on parle de rosé, car c’est aussi pendant cette période que le futur vin gagne en complexité aromatique. L’enjeu est donc d’avoir une macération courte pour obtenir un rosé clair (24 heures suffisent pour un rosé typé Provence), mais suffisamment longue pour qu’il ait du goût. Plusieurs techniques existent, la plupart impliquent une maîtrise pointue de la température de la macération. Ça vous donne des chais optimisés pour la circulation des fluides refroidissant, ici du glycol pour le Château d’Esclan et son célébre Garrus, rosé passé en fût de chêne.

Les fûts de Garrus du château d'Esclan, producteur de vins rosés en Provence
Système de refroidissement du rosé réputé le plus cher du monde

Maintenant, vous saurez pourquoi on dit parfois du rosé Provençal qu’il s’agit d’un vin « technologique ». Allez, on focuse sur le rosé champenois !

L’AOC Rosé des Riceys

Les vins proviennent du seul cépage Pinot Noir. Sachez que le terroir des Rosés des Riceys permet de produire non pas un type de vin, ni deux… Mais trois ! Concrètement, pour une même parcelle de Pinot Noir, le vigneron a trois options selon les qualités qu’il trouve à sa vendange :

  • Première option : il vinifie en rosé et sortira du Rosé des Riceys
  • Deuxième option : il prolonge la macération et obtiendra du vin rouge en AOC Coteaux Champenois
  • Troisième option : les conditions sont idéales pour de la bulle, il produira un Champagne !

Dans les faits, l’option Champagne est la plus fréquente car bien mieux valorisée. D’autant que le Rosé des Riceys est un vin très délicat à obtenir. Arnaud, président du syndicat de l’AOC depuis 2018 et producteur des Champagnes Gallimard et Fils, nous explique que la macération dure 3 à 6 jours. Cette méthode permet aux Rosés des Riceys de présenter une trame tannique qui autorise un vieillissement en cave pouvant aller jusqu’à une dizaine d’années ! 

Dégustation du Rosé des Riceys 2012 des Champagnes Gallimard et Fils
Dégustation du Rosé des Riceys 2012 des Champagnes Gallimard et Fils

Par contre, durant ces quelques jours, il faut en permanence surveiller la progression de la vinification car un beau Rosé des Riceys, ça se joue à une heure près ! Tout l’enjeu est de presser les raisins le plus tard possible pour maximiser l’aromatique, mais juste à temps pour qu’ils ne donnent pas un vin rouge… Technique ! Du coup, sur les 500 hectares éligibles, moins de 50 sont effectivement utilisés pour ce type de vin.

Et ça goûte quoi ?

La longue macération permet d’obtenir des rosés extraits, complexes et aromatiques. J’ai eu la chance de déguster le Rosé des Riceys de la vendange 2014 de la maison Devaux, numérotée 1211 sur les 6107 bouteilles produites cette année là. 

Rosé des Riceys de la Maison Devaux, vendange 2014
Rosé des Riceys de la Maison Devaux, vendange 2014

Au nez, vous aurez des arômes de fruits rouges autour de la framboise, la fraise, la cerise, le cassis. Sur celui-ci, vous avez en plus une trame épicée qui invite à la dégustation. En bouche, le vin présente une texture profonde et opulente qui le classe dans la catégorie des rosés gastronomiques. Il a la profondeur et la complexité nécessaire pour soutenir une viande rouge. Mais également une incroyable délicatesse qui le rendra tout aussi merveilleux sur des poissons. L’idée encore plus originale du chef Thibault Loubersanes du restaurant Affinité a été de l’associer à de la Tomme de Brebis de la Vallée d’Aspe relevée d’un condiment au poivre Timut du Népal (pour vous mettre l’eau à la bouche, la carte d’Affinité c’est ici).

Rosé des Riceys associé à une Tomme de Brebis de la Vallée d'Aspe relevée d'un condiment au poivre Timut du Népal par le chef Thibault Loubersanes au restaurant Affinité
Rosé des Riceys 2014 de la maison Devaux et Tomme de Brebis au restaurant Affinité (75005)

L’idéal, c’est de vous faire votre propres idée d’accord 😉 Car vous l’aurez deviné, ce n’est pas une appellation facile à aborder ! Elle n’en reste pas moins incontournable pour les amateurs, au même titre que les grands rosés de Bandol ou de Tavel. 

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