Capsule à vis : 3 raisons de ne plus en avoir peur

L’amour que portent les Français au bouchon en liège est inaltérable. En 2015, à choisir entre deux bouteilles d’un même vin, ils n’étaient que 28% à opter pour la capsule à vis. Contre 40% chez nos voisins Anglais. L’écart est énorme ! Mais il s’estompe années après années. Et pour cause, la capsule a vis présente des avantages qu’il est grand temps de vous révéler ! Je vous rassure, je ne vais pas vous parler de la praticité des capsules à vis lorsque vous avez oublié votre tire bouchon lors d’un pique nique… Promis on va aller un peu plus loin que ça, avec notamment un focus sur l’aspect environnemental.

Pique nique et vin, en capsule à vis ou bouchon liege
Le fameux pique nique domnical

L’imaginaire d’un vin cheap bouché en capsule à vis

Ce qui vous freine en premier quand vous voyez une capsule à vis, c’est souvent la perception à l’achat. Un vin de qualité, bouché avec une capsule à vis ? Quelle idée ! Cette croyance est ancrée dans nos traditions, et pour cause : pendant longtemps, les raisins étaient récoltés verts, peu mûrs. Le vin qui en résultait était astringeant, végétal, difficile à boire… Seul le temps parvenait à l’adoucir et le transformer en nectar, et ce, grâce au bouchon de liège qui permet les échanges gazeux entre l’extérieur et l’intérieur de la bouteille. L’oxygène passe à travers le liège et réagit avec les tanins du vin pour les rendre plus ronds. La capsule à vis, le plus souvent en aluminium, bénéficie de l’imaginaire inverse et serait complètement hermétique. Et bien c’est aussi ce que je pensais… Jusqu’à ce que je m’entretienne avec la marque leader du secteur : Stelvin® (merci Juliette, d’Amcor, pour toutes les précieuses infos !). Je vous épargne les détails techniques (que vous pouvez appréhender en jettant un oeil à leur gamme Inside), mais le fait est que la capsule à vis peut permettre l’oxygénation du vin, ou pas, c’est au choix du vigneron. Cela passe par un « joint » que vous pouvez trouver au fond de la capsule. La prochaine fois que vous en aurez une entre les mains, voyez par vous mêmes : découpez-la, vous trouverez un petit disque, recouvert d’un côté d’une fine couche d’aluminium pour rester discret, si vous le retournez il est blanc, dans une matière spongieuse et élastique… Qui peut permettre à l’air de passer et donc au vin d’évoluer ! 

Note Bleue, des Maîtres Vignerons de Saint Tropez, en bouchage capsule à vis Stelvin®

Pour les vins qui ne sont pas élaborés pour être oxygénés, c’est presque une aberration d’utiliser un bouchon de liège. Je pense notamment aux rosés provençaux, que l’on aime sur la fraîcheur et le fruit. Ca tombe bien, il s’agit de vins qui se retrouvent de plus en plus souvent bouchés en capsule à vis ! Coïncidence ? Non, logique ! D’autant plus si vous ne finissez pas votre bouteille et préférez la refermer avec simplicité, ou bien que vous n’avez pas de cave (ndlr l’obligation de stocker vos bouteilles couchées vient du fait que le liège doit être en contact avec le vin pour ne pas se dessécher).

Impact environnemental de la capsule à vis vs bouchon en liège

Maintenant, un sujet qui me tient à coeur… Non exhaustif car très complexe à mesurer mais qui devrait apporter de l’eau au moulin de votre réflexion (ou du vin). Côté capsule à vis, elles sont faites d’aluminium, un matériel 100% recyclable que vous connaissez déjà plutôt bien. Côté liège ? Les principales forêts sont situées au Portugal (pour quasiment la moitié des ressources mondiales). La France a été un gros producteur, mais cette industrie a quasiment disparu et aujourd’hui la plupart des vignerons importent leurs bouchons. Ce qui ne va pas vraiment dans le sens d’une économie locale, limitant l’utilisation des transports. Là où, si je prends les usines Stelvin®, elles sont situées à Saint-Seurin-sur-l’Isle, Mareuil-sur-Aÿ et Chalon-sur-Saône. Faut-il pour autant bouder les bouchons en liège au profit des capsules à vis ? Pas sûr… Car l’industrie du liège est l’une des plus durables qui existe : les arbres ne sont pas abattus pour leur écorce, le liège. Ils sont choyés, bichonnés, entretenus car le liège ne peut être prélevé que tous les 9 ans. Et une forêt qui vit, c’est une forêt qui abrite la vie. Le WWF a rédigé un article très intéressant sur le rôle des forêt de liège dans le cadre de la préservation de la biodiversité.

De l’autre côté, l’étude réalisée par Anna Kounina en 2012 aborde un autre aspect de la notion de durabilité. L’ensemble est indigeste, mais si vous souhaitez tout de même vous y attaquer c’est par ici. Si vous préférez aller directement à la conclusion… Continuez à lire ! En gros, Anna Kounina et son équipe incluent dans leur calcul de durabilité la notion de perte. Et niveau perte, il en est une pour laquelle le liège est responsable à hauteur de 2 à 5% de la production annuelle de vin d’après l’étude : le goût de bouchon. Les responsables seraient les composés chlorés utilisés pour laver les bouchons lors de leur fabrication. L’étude prend en considération l’impact environnemental de ces 2 à 5% de bouteilles de vin jetées et donc perdues par an, ce qui alourdit considérablement le bilan écologique des bouchons de liège. A date, aucun palliatif n’a été trouvé, à part celui de ne pas utiliser de liège : la capsules à vis en fait partie, tout comme les bouchons en plastique, en verre… A vous de vous faire votre avis !

Et à la dégustation ?

Parlons vin ! Je vous propose une expérience intéressante, qui a été hyper compliquée à monter mais qui me paraissait indispensable : réaliser une dégustation comparée d’une même cuvée, sur même millésime, mais bouchée tantôt en capsule à vis, tantôt au liège. J’ai eu la chance (et la surprise !) de faire ce type d’expérimentation il y a quelques années, au Château La Louvière. Merci à Camille des Vignobles André Lurton qui a réussi à retrouver un ancien millésime sur lequel il leur restait des bouteilles identiques mais sur les deux systèmes de bouchage ! Dégustons donc le Pessac Léognan blanc de Couhins Lurton, Cru Classé de Graves, sur le millésime 2011, en bouchage liège puis capsule à vis Stelvin®.

Pessac Léognan Blanc de Couhins Lurton en bouchage capsule à vis
C’est parti pour déguster le Pessac Léognan Blanc de Couhins Lurton en bouchage capsule à vis

2011 liège : un nez puissant et mûr, sur les fruits exotiques et la noix, à tendance oxydative. La bouche est vive et ample, toujours avec cette dominance exotique, doublée d’une trame minérale qui structure la matière. La finale est sapide, légèrement épicée (anis)

2011 capsule à vis : par rapport au bouchage liège, on observe une différence dès la robe du vin, plus claire. Le nez est racé et précis, sur le citron, la pêche et les fleurs blanches (acacia), avec une armature minérale. En bouche, la matière est crémeuse, gourmande, le vin est salivant avec une finale citronnée et des amers presque salins qui restent en bouche

Vous pourrez constater que l’évolution du vin n’est pas la même selon le type de bouchage. Les arômes diffèrent, ainsi que la texture, néanmoins la trame est similaire et les deux vins présentent un intérêt notoire. A vous de décider ce que vous allez préférer et n’hésitez pas à poser vos question en commentaire ! Et si jamais il s’agit de points très techniques… Vous pouvez vous adresser directement à : info.capsules@amcor.com.

2 réflexions sur « Capsule à vis : 3 raisons de ne plus en avoir peur »

  1. Salut Dalkia, merci pour ta réflexion.
    Je trouve intéressant que tu pointes du doigt le manque d’économie locale pour le bouchon qui vient du Portugal. Quid de l’aluminium? Il vient de Chine pour la plus grande partie, et je doute que son extraction soit moins polluante que celle du liège, qui se fait à la main ?? 🙂
    Ensuite, je me permets de noter que « 100% recyclable » ne veut pas dire « 100% recyclé »? Je n’ai pas de certitude là-dessus, mais je me doute que les capsules (qui sont composites avec du plastique) ne doivent pas être aussi facilement recyclables que de l’aluminium pur? Enfin, leur recyclage est-il viable économiquement et énergétiquement? C’est la principale question des filières qui veulent faire (réellement) attention à leur déchet. ET à ma connaissance, concernant l’aluminium, la répones et non.
    En un mot: Aluminium 100% recyclable n’a pas de valeur en soi, à mon sens.
    Les producteurs de capsules (mais sans doute les producteurs de bouchon aussi !) ont tôt fait de balancer des pourcentages qui n’engagent à rien pour rassurer le consommateur crédule. Attention à leurs raccourcis trompeurs 😛

    1. Complètement d’accord avec toi ! Dans cette partie j’ai trouvé intéressant de pointer des éléments environnementaux auxquels on ne pense pas souvent, mais il fautdrait une parfaite maîtrise de la filière pour trancher le débat. Ce que je n’ai pas ! J’ai compilé les études que j’ai pu trouver sur le sujet, dont certaines, tu l’as bien remarqué, financées par les fabricants. Pour avoir mis le nez dedans… les études environnementales, c’est d’une complexité sans nom !! Et (à mon sens), il faudrait les doubler d’une étude d’impact social pour être réellement pertinentes… Autant te dire…

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