Dry January : souriez, vous êtes sobres

Cela fait quelques années que le Dry January est devenu un évènement incontournable, qu’on le suive ou pas. Aujourd’hui utilisé par les marques à des fins marketing, saviez-vous que son origine est plutôt politique ? C’est parti pour un petit rétropédalage historique pour mieux comprendre dans quoi vous vous êtes engagé(e)s.

Le Dry January, une initiative politique

D’habitude, nos gouvernements sont plutôt enclins à nous inciter à la consommation. Et bien le Dry January fait partie de ces exceptions ! Il faut remonter à la Seconde Guerre Mondiale pour retrouver les traces d’un mois entier dédié à l’abstinence. Le gouvernement Finlandais lance en 1942 le Raitis Tammikuu dans l’objectif illustrer l’effort de guerre et soutenir les soldats au front. Il faut dire que l’alcoolisme est un fléau pour le pays. La propagande gouvernementale investit deux millions de mark Finlandais de l’époque dans cette campagne qui reste encore aujourd’hui l’une des plus impactantes de l’histoire des médias Finlandais : 157 journaux ciblés, 121 articles.

Le type de campagne dry january porté par l'association anti alcool Alcohol Concern
Le type de campagne porté par Alcohol Concerne

Le concept réapparait dans les années 2010 via une association anglaise de lutte contre l’alcoolisme, Alcohol Concern (devenue Alcohol Change). Elle se rapproche du gouvernement Anglais et structure une campagne d’envergure qui convainc : 500 000£ sont débloqués par la Reine. Le concept ? Plutôt que de sensibiliser une énième fois la population aux méfaits de l’alcool, ils vont la challenger. Long story short : après les débordements de la fin d’année, serez-vous capable de tenir un mois entier SANS excès ? La campagne, lancée en 2016, prend rapidement. Les chiffres sont difficiles à vérifier car émis par l’association. D’après eux, 5 millions de Britanniques auraient suivi le Dry January grâce à cette communication.

L’impact du Dry January sur votre santé

A la clé de ce mois de sobrieté d’après Jean-Michel Delile, président de la Fédération Addiction : « on récupère un meilleur sommeil, une meilleure forme dans la journée, on perd un peu de poids ». Détox magique en somme ! Cynisme mis à part : si vous conservez votre rituel de la planche charcuterie-fromage ou que vous compensez l’alcool par de l’energy drink ou des sodas… Vos artères ne verront pas la différence. L’intérêt du Dry January réside dans un comportement ascétique qui va au delà de la consommation d’alcool. Arrêter l’alcool, mais aussi manger sain, faire du sport, se coucher tôt, arrêter de fumer… Là vous êtes sûrs d’avoir des conséquences positives !

Vin rouge de l'Hermitage et viande parfaitement cuisinée au Ritz, un délice dont il faudrait se priver pour le Dry January
Vin rouge de l’Hermitage et viande parfaitement cuisinée au Ritz, un délice dont il faudrait se priver pour le Dry January

En vrai, au delà du challenge d’un mois entier sobre, ce que vise plutôt les institutions publiques et autres associations de lutte contre l’alcoolisme, c’est l’après. En effet, les études ont montré qu’après un Dry January (Mitchell), 72% des personnes consomment moins d’alcool pendant les 6 mois à venir. Du coup, d’un seul petit mois de privation, l’effet se fait ressentir sur la moitié de l’année. Joli butterfly effect. Mais relativement logique quand on sait qu’un mois, c’est la durée minimale nécessaire pour rompre une habitude. Voilà pourquoi on ne parle pas de dry week !

Et du coup, on arrête de boire ?

Et les 28% restants ? Un comportement que l’association ne partage pas concerne les personnes qui après un mois d’abstinence, commencent le 1er février par une grosse cuite. Histoire de se rattraper… Ca mitige les résultats. Fait intéressant dont vous vous doutez certainement, mais le Dry January n’a pas d’effet sur les personnes qui souffrent de réelles addictions. D’une part parce que si elles pouvaient aussi facilement passer du tout au rien, elles ne seraient pas alcooliques. D’autre part parce que (et là je ne m’y attendais pas), mais ne pas boire pendant un mois (ou plus) ne signifie rien. Jetez un oeil à l’interview de Yli-Hallila (Google Translate pour les non Finlandais) qui explique comment l’alcoolique notoire qu’il a été pouvait passer 5 mois sans toucher à une seule bouteille pour prouver à ses proches qu’il n’était pas dépendant, pour ressombrer dans un alcoolisme très dur dès que la période prenait fin.

Résister à l'appel de l'apéro (ici à la station Opéra, blague de la RATP du 1er avril 2016)
Résister à l’appel de l’apéro (ici à la station Opéra, blague de la RATP du 1er avril 2016)

Du coup, un des objectifs (et à mon sens le principal) serait plutôt de libérer le « non ». Vous avez déjà dû entendre parler de l’alcool social, cette consommation empreinte de convivialité qui mène à l’alcoolisme mondain. Beaucoup vous dirons que l’excès de la soirée de la veille est socialement exigé et soumis à pression extérieure. Un genre de « Je bois pour m’intégrer mais en fait je n’en avais pas envie ». Faire le Dry January, c’est oser refuser un verre, refuser un apéro, commander du Perrier… Un comportement qui pour beaucoup n’est pas inné, mais qui serait mieux accepté pendant le Dry January. Du coup, d’un « non » à l’autre, ce mois peut servir d’expérimentation pour trouver un équilibre entre une vie sociale fournie et une consommation d’alcool systématisée. 

Quoi qu’on en dise, tout le monde devrait pouvoir accompagner sa côte de boeuf d’une eau plate sans avoir à se justifier auprès du reste de la tablée. Je vous invite sincèrement, la prochaine fois qu’une personne consomme un soft en votre présence, de vous abstenir des traditionnels : « tu es enceinte ? », « tu as fait quoi hier soir ? », « tu n’aimes pas ce vin, tu préfères que j’ouvre autre chose ? » etc. Prendre du pain ou non lors d’un repas ne lance pas de débat, prendre un verre d’alcool ou non devrait faire le même effet ! Parce que le secret d’une consommation responsable, ce n’est pas de consommer moins (ça ne veut rien dire, moins), mais de bien se connaître !

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