Que manger avec du Beaujolais Nouveau ?

Le Beaujolais Nouveau, c’est la semaine prochaine ! Chaque année depuis 1954, le monde célèbre le troisième jeudi du mois de novembre. Pour 2020, il a fallu s’adapter au contexte… Impossible d’aller se la coller fêter l’évènement chez son caviste ou des amis. Du coup je vous propose de passer une petite soirée confinés sous le signe des accords mets vins conseillés par des vignerons du Beaujolais, histoire que pour une fois vous n’accordiez pas votre bouteille avec une plaquette d’aspirine. Mais avant, rétrospective…

Petite histoire du Beaujolais Nouveau

Commercialiser du vin en primeur n’a rien d’exceptionnel. L’idée de génie du Beaujolais Nouveau, Bojo pour les intimes, a été d’en faire un évènement, une célébration. Lors de l’année de lancement, en 1951, les Beaujolais en primeurs représentent moins de 10% de la production de la région. Mais deux hommes vont porter ce projet improbable. Le premier s’appelle Louis Bréchard, aussi connu sous les pseudonymes de Papa Bréchard ou Pépé Primeur. Son ambition, il la verbalise ainsi : « une idée mûrissait, […] celle de lancer le primeur en faisant du 15 novembre la Fête Nationale du vin nouveau, une sorte de 14 juillet vinicole, avec en guise de Bastille à prendre, la bouteille de Beaujolais nouveau ». Ces propos ont été recueillis et couchés sur le papier par son ami Georges Duboeuf, dans son ouvrage Beaujolais, vin du Citoyen (et partiellement disponible sur Google books).

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1976 – 2020, près de 45 ans de Beaujolais Nouveaux en quelques affiches (merci Thibault !)

Et du coup, vous avez le nom du deuxième homme du Beaujolais Nouveau : Georges Duboeuf ! Car la volonté politique ne suffisait pas, il fallait aussi la force de frappe d’un négociant tel que Duboeuf pour associer les mots aux actes. Aujourd’hui encore, Duboeuf réalise la majorité des ventes en primeur (et son Bojo consensuel mais bien fait mérite qu’on s’y intéresse). Après des années de gloire tonutruante, il est vrai que l’évènement est moins fédérateur qu’avant. La faute à quelques déviances qualitatives… 

Les arômes du Beaujolais Nouveau

NON un bon Beaujolais Nouveau ce n’est pas un vin qui sent la banane… Enfin, disons plutôt que ce n’est plus ça… Cet arôme était obtenu volontairement, en utilisant des levures exogènes (71B) lors de la fermentation. Ces dernières dégagent des esthers comme l’acétate d’isoamyde, plus connu sous le nom du « goût de banane ». C’était intéressant à l’époque, pour masquer certains défauts. Mais de nos jours les maîtrises technologiques associées au réchauffement climatique font que le Bojo n’a plus à être la piquette acide bananée bonbon anglaisée qu’il a été.

Mes deux coups de coeur en Beaujolais Nouveau 2019, les deux par la famille Descombes, et aucun sur la banane
Mes deux coups de coeur en Beaujolais Nouveau 2019, les deux par la famille Descombes, et aucun sur la banane

Egalement, les goûts des consommateurs ont évolué, ils sont plus exigeants. Papa Bréchard l’avait identifié, voici ses mots : « je me souviens de vin livré dans la précipitation et qui démarrait sa malo au comptoir, [rendant] le vin revêche et amer […]. Personne ne se fâchait, on supportait cet avatar provisoire […]. Essayez donc maintenant d’écouler du beaujolais qui n’aurait pas fait sa malo ! ». Aujourd’hui, on attend d’un bon Beaujolais Nouveau qu’il soit gourmand, friand et acidulé, sur la cerise et les épices, avec des tannins souples, et juste ce qu’il faut de longueur pour appeler le verre d’après. Et aussi, qu’il coûte dans les 10-12€ max. Si en plus il est bio, c’est mieux (la sélection des Beaujolais Nouveau 2020 de la RVF c’est ici). Maintenant que vous savez reconnaître un mauvais d’un bon Bojo, que mange-t-on avec quand il est bon ?

Les accords mets et Beaujolais Nouveau des vignerons

Pour réussi ses accords Beaujolais Nouveau, il faut bien en avoir saisi l’univers : chaleureux, festif, jovial. Il faut que ça sente la bonhomie et le terroir vindieu ! Du coup, rien ne vaut le régional, et il se trouve en plus que Lyon est une capitale émérite de la gastronomie conviviale. La rosette, le saucisson brioché et le pâté en croûte sont en haut du palmarès avec le Beaujolais Nouveau. Par analogie, toutes les bonnes charcuteries ont leur place à la table. Mélanie Aucoeur, vigneronne à Villié-Morgon, conseille en particulier les terrines de volailles et les rillettes de canard. Pour une version plus « diet », elle propose d’opter pour la salade lyonnaise : salade, lardons (du boucher bien sûr), croûtons et oeuf meurette… poché au Beaujolais Nouveau (recette Marmiton ici).

Le pâté en croûte, parfait avec un verre de Beaujolais Nouveau (ici au Louis Vins, 75005)
Le pâté en croûte, parfait avec un verre de Beaujolais Nouveau (ici au Louis Vins, 75005)

L’apéro terminé, passons aux plats ! La générosité est de mise : Anthony Perol, au coeur du terroir des Pierres Dorées, propose un quasi de veau, avec de petits légumes et un écrasé de pommes de terre. Et surtout… Un fondant au chocolat pour terminer ! L’accord de la cerise et du chocolat noir, les amateurs de Pims connaissent bien. Pour Jean-Baptiste Duperray, à Blacé, le summum c’est le saucisson au gène : un saucisson cuit dans le marc du raisin. Il est cautionné par Emmanuel Fellot à Rivolet, qui ajoute « même les végétariens en redemandent ! ». Avec des oignons confits et des pommes de terre vapeur s’il vous plaît. Du côté de Robert Perroud, ses plus beaux souvenirs d’accords sont au restaurant : « à La Bonne Franquette, avec un sublime boudin noir au piment d’Espelette, un grand moment, et à La Petite Périgourdine, des rognons de veau et un aligot qu’il fallait couper aux ciseaux ». On s’y voit bien ! Jean Michel Dupré quant à lui évoque « le souvenir d’un plat que faisaient mes parents appelé « le Poulet sans os  » : des pommes de terres cuites entières que l’on mange avec du fromage blanc battu ou du beurre ». Dernière suggestion gourmande de Mélanie (mais si, il vous reste un peu de place) : une daube de boeuf, préparée au Beaujolais Nouveau justement. Accord inratable !  Pour les fromages, la proposition d’Anaïs va sur  « un petit chèvre du Haut Beaujolais ». En dessert, si vous n’êtes pas trop chocolat, comme moi, ravissez vos papilles avec des poires pochées… Au Beaujolais 😉 Dernière astuce, n’oubliez pas de servir votre Bojo légèrement frais (dans les 12 degrés). 

Si avec tout ça vous n’avez pas l’estomac qui gargouille… Allez manger un coup, pour ma part je tiens à remercier tous les vignerons qui ont partagé leurs accords fétiches et familiaux pour cet article ! N’hésitez pas à aller les rencontrer et découvrir leurs vins !

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